Conditions générales de vente (CGV) en Suisse : modèle gratuit et ce qui est vraiment obligatoire (2026)
Un client conteste sa facture. Il jure qu’il n’a jamais accepté les frais de livraison, que le délai était trop long, qu’il veut être remboursé. Tu cherches ce qui avait été convenu… et tu réalises que rien n’était écrit. C’est exactement le moment où on regrette de ne pas avoir de conditions générales de vente.
Les conditions générales de vente (CGV) fixent les règles entre toi et tes clients : prix, paiement, livraison, garantie, responsabilité. En Suisse, aucune loi ne les rend obligatoires, mais s’en passer revient à laisser chaque litige se régler sans filet. Bien rédigées, elles te protègent et cadrent la relation avant le premier désaccord.
Je mets des sites en ligne pour des PME romandes depuis plus de vingt ans. J’en ai vu partir des dizaines sans la moindre page légale, jusqu’au jour du premier litige. Voilà ce que tes CGV doivent dire, ce que le droit suisse impose vraiment (beaucoup moins que ce qu’on croit), et un modèle gratuit à adapter.
C’est quoi des conditions générales de vente (CGV) ?
Les conditions générales de vente sont le règlement de ta relation commerciale. Elles disent comment tu vends : prix, délais, paiement, livraison, garantie, ce qui se passe en cas de problème. Une fois acceptées par le client, elles font partie du contrat et s’appliquent à chaque commande, sans avoir à tout renégocier à chaque fois.
On les confond avec trois autres documents. Le contrat, c’est l’accord ponctuel sur une vente précise ; les CGV, c’est le cadre commun à toutes tes ventes. Les CGU (conditions générales d’utilisation) encadrent l’usage d’un site ou d’un service, pas une vente. Les mentions légales, elles, donnent ton identité et tes coordonnées. Quatre rôles différents, qu’on mélange trop souvent.
Les conditions générales de vente sont-elles obligatoires en Suisse ?
Non. Et c’est la grande différence avec la France, où les conditions générales de vente sont le socle légal de toute relation commerciale. En Suisse, le principe est la liberté contractuelle : aucune loi générale ne t’oblige à rédiger des CGV pour vendre un produit ou un service.
Sauf que « pas obligatoire » ne veut pas dire « inutile ». Sans CGV, chaque litige se règle au cas par cas, sur la seule base du Code des obligations et de ce que les deux parties arrivent à prouver. Avec des conditions générales de vente claires, tu fixes d’avance les règles du jeu : délais de paiement, intérêts de retard, transfert des risques, limites de ta responsabilité. C’est exactement là qu’elles te font gagner du temps et de l’argent le jour où ça coince.
Un point clé : pour s’appliquer, tes CGV doivent avoir été acceptées par le client. Concrètement, il faut qu’il ait pu en prendre connaissance avant de conclure, par un renvoi visible et un lien accessible. Des CGV cachées au dos d’une facture, découvertes après la commande, ne valent rien.
La règle de l’insolite, la spécificité suisse à connaître
C’est la pépite juridique que les modèles français ignorent. Le Tribunal fédéral a posé la règle de l’insolite : une clause inhabituelle, surprenante, à laquelle un client non averti ne pouvait pas raisonnablement s’attendre, est réputée non intégrée au contrat, même s’il a globalement accepté les CGV.
Autrement dit, enterrer une clause lourde au milieu d’un pavé de texte ne sert à rien : elle saute. Les tribunaux ont déjà écarté des forclusions très courtes pour réclamer, des transferts de risque inhabituels, des clauses qui imposent un tribunal à l’autre bout du pays, ou une hausse de prix décidée seule après la commande. Si une clause est importante et inattendue, il faut la mettre en évidence, pas la diluer.
Deuxième garde-fou : l’article 8 LCD, révisé en 2012. Dans une relation avec un consommateur, une clause qui crée un déséquilibre notable et injustifié entre les droits et les obligations, contraire à la bonne foi, est tout simplement nulle. Le SECO veille au grain. Des CGV trop agressives ne te protègent pas : elles se retournent contre toi.
Ce que doivent contenir tes CGV
Pas de longueur pour la longueur. Des conditions générales de vente utiles couvrent une poignée de points, clairement. Voici la base pour une PME romande.
Prix et TVA
Prix en CHF, TVA incluse pour les consommateurs (ordonnance sur l’indication des prix). Ce qui est compris, ce qui ne l’est pas.
Paiement
Moyens acceptés, délai de paiement, acompte éventuel, intérêts de retard et frais de rappel.
Livraison et délais
Délais indicatifs, frais de port, moment du transfert des risques, que se passe-t-il en cas de retard.
Garantie et défauts
La garantie légale des défauts (art. 197 ss CO) dure deux ans. Tu peux l’aménager, dans les limites du droit.
Responsabilité
Tes limites de responsabilité. Attention : on ne peut pas exclure la faute grave ni l’intention.
Droit applicable et for
Droit suisse, tribunal compétent. Avec un consommateur, tu ne peux pas le priver d’avance du for de son domicile.
CGV pour un e-commerce suisse : les pièges
Si tu vends en ligne, c’est là que les modèles français font le plus de dégâts. Trois points méritent ton attention.
Pas de droit de rétractation légal. Contrairement à l’Union européenne et ses 14 jours, la Suisse n’impose aucun délai de rétractation pour un achat sur internet. Le retour ou l’échange dépend uniquement de ta bonne volonté, donc de ce que tu écris dans tes CGV. Beaucoup de boutiques en offrent un volontairement, par confiance commerciale, mais c’est ton choix. Si tu copies des CGV françaises, tu promets sans le savoir un droit que la loi ne t’impose pas.
Ton identité doit être visible. La loi contre la concurrence déloyale impose à un commerce en ligne d’indiquer clairement qui il est : nom, adresse, moyen de contact. C’est l’équivalent suisse des « mentions légales » françaises.
Les prix doivent être clairs. L’ordonnance sur l’indication des prix impose d’afficher le prix effectif à payer, en francs, TVA comprise pour les consommateurs. Pas de frais surprise au dernier écran du panier.
Comment rédiger des conditions générales de vente : 3 options
Selon ton budget et ton niveau de risque, trois voies. Pour une boutique simple, un bon modèle adapté suffit. Pour un modèle d’affaires particulier ou des montants élevés, l’avocat se justifie.
Le modèle adapté
Gratuit. Une trame suisse que tu ajustes à ton activité. Suffit pour la plupart des PME.
Le générateur + IA
Gratuit à peu cher. Un premier jet rapide, à relire absolument par un humain qui connaît le droit suisse.
L’avocat
Dès 500-1’500 CHF. Pour un e-commerce à volume, un modèle inhabituel ou des risques élevés.
Pour dégrossir le travail, un prompt ChatGPT cadré fait gagner du temps. Il produit un point de départ, jamais un document final : les CGV touchent au droit, fais-les toujours relire.
CGV, mentions légales, confidentialité : le trio d’un site suisse
Sur un site qui vend, les conditions générales de vente ne voyagent jamais seules. Trois pages légales forment le minimum propre, et chacune a son rôle.
Les règles de la vente : prix, paiement, livraison, garantie, responsabilité.
Ton identité et tes coordonnées, exigées pour un commerce en ligne par la LCD.
Comment tu traites les données, exigée par la nouvelle loi suisse (nLPD, en vigueur depuis septembre 2023).
Les erreurs qui rendent tes CGV inutiles
Sur un site qui vend, les CGV forment un trio avec tes mentions légales et ta politique de confidentialité — les trois pages légales à avoir. Retrouve-les dans la boîte à outils PME.
Questions fréquentes sur les CGV
Les CGV sont-elles obligatoires en Suisse ?
Non. Aucune loi suisse n’impose d’avoir des CGV, contrairement à la France. Elles restent fortement recommandées : sans elles, chaque litige se règle au cas par cas sur la seule base du Code des obligations. Avec elles, tu fixes les règles d’avance.
Quelle différence entre des CGV et un contrat ?
Le contrat est l’accord ponctuel sur une vente précise. Les CGV sont le cadre commun qui s’applique à toutes tes ventes, une fois acceptées par le client. Elles évitent de tout renégocier à chaque commande.
Qui doit rédiger les CGV ?
Toi, à partir d’un modèle adapté, pour une activité simple. Pour un e-commerce à volume, un modèle inhabituel ou des montants élevés, un avocat (dès 500-1’500 CHF) sécurise le document. Une IA peut faire un premier jet, à faire relire.
Faut-il faire signer les CGV ?
Pas forcément de signature, mais une acceptation. Le client doit avoir pu en prendre connaissance avant de conclure : une case à cocher en ligne ou un renvoi visible avec lien accessible suffisent. Des CGV découvertes après la commande ne s’appliquent pas.
Peut-on copier des CGV trouvées en ligne ?
Risqué, surtout si elles sont françaises : elles promettent souvent un droit de rétractation qui n’existe pas en Suisse et citent des lois inapplicables. Copier le texte d’un concurrent pose en plus un problème de droit d’auteur. Pars d’un modèle suisse et adapte-le.
Combien coûte la rédaction de CGV ?
De zéro, avec un modèle gratuit à adapter, à 500-1’500 CHF pour des CGV rédigées par un avocat. Le bon niveau dépend de ton risque : une boutique simple n’a pas les mêmes besoins qu’une place de marché en ligne.
CGV, CGU, mentions légales : quelle différence ?
Les CGV encadrent la vente. Les CGU encadrent l’usage d’un site ou d’un service. Les mentions légales donnent ton identité et tes coordonnées. Sur un site marchand suisse, on ajoute une politique de confidentialité (nLPD). Quatre documents, quatre rôles.
Y a-t-il un droit de rétractation en Suisse ?
Pas pour un achat en ligne classique : la Suisse n’impose aucun délai de rétractation, contrairement à l’UE. Un droit de révocation de 14 jours existe seulement pour le démarchage à domicile ou par téléphone (art. 40a CO). Pour le reste, le retour dépend de tes CGV.
Sources vérifiées
Les règles citées (absence d’obligation, droit de révocation, règle de l’insolite, clauses abusives) ont été vérifiées auprès de sources officielles suisses à la date de publication. Le droit évolue : vérifie l’information à jour, et fais valider tes CGV par un professionnel pour tout enjeu sérieux.
- Guide e-commerce de la Confédération : droit de révocation
- Portail PME : obligations légales du commerce en ligne
- SECO : conditions générales abusives (art. 8 LCD)
⚠️ Cet article est informatif et ne remplace pas un conseil juridique. Pour un contrat à enjeu, fais valider tes CGV par un juriste ou un avocat.
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